Journal

09 / 06 / 2016

Interview - Madame Figaro

Interview - Madame Figaro

Sessùn, label indé, célèbre ses 20 ans.


On aurait aimé écrire, ici, que la mode vit aussi intensément en dehors de Paris et vous donner comme exemple le brillant succès de Sessùn installé dans la Cité phocéenne. Pourtant, à ces mots, Emma François, fondatrice et directrice de la création, répond du tac au tac :
Il n’y a pas de mode marseillaise, comme il y a une mode anversoise, par exemple. Cet ancrage géographique est simplement l’opportunité d’une meilleure qualité de vie pour moi et mon équipe. Nous sommes toutes à cinq minutes de notre lieu de travail. Et puis, bien sûr, il y a le soleil et la plage. Cette ville nous apporte un peu plus de sérénité dans notre quotidien.
Avant que cette native de Montpellier ne reprenne :
Je suis beaucoup plus sensible à l’idée d’un style à la française, qui se caractérise par un esprit créatif et alternatif.

Il y a vingt ans, étudiante en anthropologie économique, elle découvre, au cours d’un voyage en Amérique du Sud, le travail des tissus et les broderies de l’artisanat indien.
J’ai commencé à vendre à mes amies les petites pièces que je rapportais de mes voyages d’études pour arrondir mes fins de mois. Ensuite, j’ai eu envie d’en faire une petite collection mais toujours dans l’optique d’un complément de revenu. Puis, des acheteurs se sont intéressés à mon travail , confie-t-elle humblement. Son style justement ? Des classiques à l’esprit bobo, pantalons fluides un poil androgynes, blouses aux imprimés romantiques et robes colorées mais faciles à porter.

C’est l’histoire d’une vie. La mienne.

Si, au départ, la jeune femme n’avait pas l’ambition de créer une entreprise de prêt-à-porter, elle est aujourd’hui à la tête d’une véritable marque de lifestyle (qui pèse 18 millions d’euros de chiffre d’affaires), même si elle avoue ne pas beaucoup aimer ce mot. Qui va doucement va sûrement. Cela a toujours été mon leitmotiv. Nous développons de nouveaux projets à notre rythme, nous essayons de les intégrer et, ensuite, nous passons à l’étape suivante , explique-t-elle, lucide. Même quand le succès impose une cadence infernale (des ventes qui croissent chaque année de 20 % dans environ 800 boutiques autour du monde), cette quadragénaire garde la tête froide et gère sa petite entreprise à sa manière.
Après mes premiers enfants, j’ai voulu lever un peu le pied et savourer le moment. Puis, quand ils sont rentrés à l’école, j’étais de nouveau pleine d’énergie. C’est aussi cela Sessùn. C’est l’histoire d’une vie. La mienne , résume-t-elle.

Ses nombreuses clientes - des filles comme elle qui aiment la mode sans être des fashion-victims, la musique, l’esprit de la Parisienne rive droite - se sont approprié son vestiaire d’intemporels aussi raffinés que décontractés, adaptés à la vie d’une femme de pouvoir comme à celle d’une lycéenne.
Avec le recul, je ne trouve absolument pas dénigrant d’être accessible en prix et en style. Si, au début, j’avais peur de vulgariser la marque, j’ai finalement compris qu’il était noble de pouvoir être comprise et aimée par beaucoup de mes pairs.

Une éclatante réussite

L’année dernière, elle inaugure, à côté de son flagship de la rue de Charonne dans le XIe arrondissement de Paris, un concept store de 25 m2 baptisé l’Annexe, théâtre de ses propositions éphémères en continu , soit des expositions thématiques et transversales autour de capsules exclusives.
Il y a quelques années, j’ai eu besoin d’élargir le champ du prêt-à-porter mais pas dans l’idée de s’associer à d’autres noms, plutôt de promouvoir des savoir-faire différents. Ce qui a donné lieu à de très jolies rencontres avec des artisans, des designers, des musiciens, etc. Par exemple, Émilie Marc fabrique de ravissants bracelets et minaudières en marqueterie dorée à l’or fin. Des pièces que je n’aurais pas pu distribuer à grande échelle mais cette boutique permet de les vendre en petite quantité.
Là encore, ses fidèles adhèrent et plébiscitent l’endroit qui a abrité, ce printemps, sa collection de best-sellers Sessùn Oui pour les futures mariées. En ce moment et jusqu’à la fin août, l’adresse se transforme en guinguette.

Dans le même temps, un troisième écrin parisien à sa mode pour filles d’à-côté a également ouvert dans le quartier du haut Marais. Une année d’anniversaire bien remplie à l’image de son éclatante réussite mais la Française ne s’enorgueillit que d’une chose : avoir maintenu son label indépendant.

Interview par Valérie Guédon - Juin 2016