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06 / 05 / 2013

Koralie

Koralie

Après la délicieuse Karuna Baloo, c’est au tour de l’artiste Koralie de nous recevoir dans son atelier pour papoter un peu.


Pour être très honnête avec vous, j’ai rencontré Koralie à Montpellier il y a maintenant presque 9 ans. À l’époque j’étais très impressionnée par son coup de pinceau et surtout j’adorais son univers. Nous avons toujours gardé contact et nous nous sommes souvent croisées pendant ces neufs années. J’ai donc immédiatement pensé à elle pour cette rubrique. Vous allez voir, son univers très riche et très coloré va forcement vous toucher.

Merci encore à elle de m’avoir si bien accueillie lors de cet entretien!

Bonjour Koralie! Commençons par le commencement, explique-nous qui tu es.

Je m'’appelle Koralie, je suis artiste plasticienne, passionnée de peinture, d'’architecture, de photographie et d'’arts en général, mais je suis aussi une femme comblée et une maman accomplie! Je vis à Paris depuis 1 an après 4 ans passé à New-York et une enfance à Montpellier.


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Quel a été ton parcours ? Quelles sont les principales étapes de ta carrière artistique ?

Déjà toute petite, je dessinais et peignais énormément. A la fin du lycée, quand il a fallu choisir une voie, c’était donc pour moi une évidence de faire des études dans l’art. J’ai donc décidé de faire en parallèle d’une part, une école d’ architecture et d’autre part de suivre le cursus d’arts plastiques à la fac de Montpellier. A la fin de mes premières années respectives, mon choix s’est tourné vers l’architecture dont les cours, les profs et l’ambiance me correspondaient beaucoup plus. C’était donc parti pour 6 ans d’architecture mais tout en continuant, dans mon temps libre, à peindre et exposer dans des galeries.

Pendant mes “années fac”, j'’ai du déménager 2 ans sur Toulouse pour des raisons personnelles. À cette époque j'’étais aussi énormément attirée par l'’univers du graffiti et il s'’avère qu'’à Toulouse, en 1999, j'’ai rencontré la Truskool (Tilt, Der et Ceet), Fafi, Lus, Melle Kat, Plume. Et ils m'’ont alors initié et transmis le virus de peindre dans la rue. Ce fut une véritable révélation pour moi, j'’adorais être en contact avec les passants, et surtout ça me permettait de faire un lien entre mes peintures et mes études d'’archi.

En effet, pour moi, le choix du lieu et du support était très important. Il m'’était impossible de choisir au hasard. Vu que j'’imposais cette peinture au regard des autres, je ne voulais ni dénaturer ni abîmer l'’endroit. Je cherchais des supports abandonnés (murs, portes, porches, palissades). ' Tout avait son importance. ' Ce qui est bien aussi avec le fait de peindre dans la rue c'’est que, contrairement au travail en atelier, on se confronte au regard des autres ainsi qu'’à la critique. Je n'’étais plus enfermée dans mon atelier, toute seule, mais j'’échangeais avec les gens autour de mes peintures et du graffiti en général . C'’était incroyablement enrichissant.

À mon retour à Montpellier, j'’ai donc décidé de me lancer et d'’essayer de vivre de ma véritable passion: l'’art plastique . L'’architecture m'’a énormément apporté comme la rigueur, le sens de l'’organisation et surtout l'’amour des formes géométriques, de la symétrie et des détails.

Je sais que tu touches aussi à d’autres domaines que la peinture comme la photographie ou le textile? Parle le nous un peu de ta marque Metroplastique !

Peu de temps après mon retour sur Montpellier, j’ai rencontré mon futur mari (Supakitch) avec qui j’ai tout de suite eu le coup de foudre amoureux mais aussi artistique.

Nous peignons tous les deux, dans la rue et sur toile, et nous adorions collaborer sur un tas de projets. Vu que notre univers était très urbain et moderne et que notre public n’était pas forcement un public de collectionneurs d’arts classique, nous voulions trouver un moyen de leur permettre d’acquérir un petit bout de notre travail sans passer par la traditionnelle galerie d’art.

Nous avons donc décidé de lancer notre propre marque de tee-shirts. C’est ainsi que l’idée de Métroplastique est née.' Dés la première année, nous avons gagné le “concours des jeunes entrepreneurs de la mode” organisé par le Who’s Next et le Ministère de la jeunesse et des sports.

Mais nous nous dirigeons petit à petit vers une plus grande diversité de produits dérivés de notre univers, et moins comme une marque de fringue traditionnelle. Nous sortons nos produits selon nos envies et nos humeurs, nous ne voulons pas dépendre du calendrier imposer par le monde de la mode. Notre boutique en ligne nous permet d'’assouvir ce souhait, ' puisque nous gérons tout nous-même et touchons une clientèle internationale : ' celle qui connaît notre travail artistique.

Quelle est ta relation avec Sessùn?

Pendant mes années lycée, avec ma copine Aurélie je tractais des flyers pour le shop '“People'’s Rag'” à Montpellier, en échange de fringues. Ce shop tenu par la jolie Julie (et qui travaille aujourd'’hui pour Sessùn) était l'’un des premiers distributeurs de la marque. C'’est pourquoi je connais Sessùn depuis ses premiers jours. Je me souviens des pulls tricotés du Pérou que Emma ramenait de ses voyages, ou du petit débardeur à motifs hawaïens que j'’avais donc troqué contre quelques heures de travail.

Par la suite, j'’ai continué à suivre le parcours d'’Emma, je suis très admirative de son évolution et de ses valeurs. Elle a su garder une ligne de conduite, une justesse de choix artistiques et professionnels, mais surtout une vraie personnalité. Elle a su s'’entourer des bonnes personnes, dont je connais bien certains et qui sont des personnes investis dans leur travail, agréables et surtout de bon goût (je pense à Amélie, Sundae, Vanessa, ' Julie et Jessie, ' que j'’embrasse au passage).

Aujourd’hui, je trouve que Sessùn a su resté authentique, classique, tendance mais sans jamais tomber dans l’ennui ou au contraire dans l’excès. Tout y est juste, joli et intemporel. C’est vraiment une marque que j’aime beaucoup et qui se détache des autres.

Comment décrirais-tu ton univers ?

Quand j'’ai commencé à peindre sérieusement, c'’est essentiellement l'’univers japonisant qui m'’a inspiré car il fait partie de mon background .' Enfants des années 80, j'’étais bercée par les mangas. J'’étais très attirée par leur esthétique et leurs héroïnes aux cheveux multicolores, leurs costumes excentriques qui exprimaient leurs personnalités, je trouvais cela fascinant!' Puis j'’ai découvert l'’histoire et l'’existence des geishas. Ces femmes aux codes strictes qui excellent dans tous les arts, perpétuent la tradition et les coutumes japonaises.

J'’ai alors décidé de confronter dans mon travail ces deux mondes qui s'’opposent, monde traditionnel et monde contemporain afin de créer un personnage hybride entre extravagance et pudeur, en harmonisant les informations graphiques de ces 2 univers.

Petit à petit j'’ai intégré des éléments empruntés à d'’autres cultures et d'’autres époques comme les matriochkas, les tresses africaines, les plumes, Cléopatre, les Kachinas, les lustres à pampilles, les lehenga, les boucles anglaises, la dentelle de Cluny, Marie-Antoinette, les fibules afin de créer mon propre langage.

Ce qui m'’intéresse le plus c'’est de juxtaposer des univers qui ne se rencontrent jamais dans la réalité et de créer un équilibre esthétique.' En utilisant mon personnage la Geishka ( mi Geisha mi-matriochka ) comme pilier de composition ' ou comme élément anecdotique. Ce n'’est pas elle en tant que personne qui m’intéresse mais ce que je vais pouvoir raconter grâce à ses cheveux, ses costumes, sa géométrie.

Comment procèdes-tu ? Comment te viennent tes idées, tes envies? Explique-nous tes inspirations.

Quand on est artiste je pense, on se nourrit de tout ce que l'’on peut voir et entendre autour de nous. Moi je suis toujours à l'’affut de nouvelles sensations, de découvertes. Que ça soit pendant mes voyages, dans les musées ou dans des bouquins, ' mais aussi à la télé ou sur internet . J'’aime me nourrir d'’informations en tout genre. Je suis vraiment amoureuse de l'’image en elle-même, j'’aime voir et lire de belles choses.

Je fonctionne d’ailleurs par période. Une fois que j’ai la sensation d’avoir fait le plein d’images, alors là, je bouquine énormément. Les mots, les tournures de phrases m’aident alors à reposer mon esprit et à développer mon imagination. Ces deux activités sont alors pour moi complémentaires. L’une me nourrit et l’autre m’aide à digérer toutes ces nouvelles infos.


Son atelier

Avec quel outil te sens-tu le plus en confiance? Pinceau ou ordinateur?

Je n’ai pas vraiment de préférence, j’ai la sensation que chaque outil est complémentaire. Je suis très à l’aise avec un pinceau, un stylo ou des petits outils de bricolages mais l’outil informatique m’apporte par exemple la symétrie parfaite que je recherche aussi dans mon travail. J’aime manier ces deux approches, elles sont pour moi complémentaires et indissociables.

Quelle est ta journée type ?

Le matin est consacré à répondre aux mails, à l'’organisation, à la compta, à la gestion du shop en ligne Metroplastique, à la com et à la recherche (FB, Blog, Pinterest), à passer des coups de fils, répondre à des ITW, éditer des photos. en gros tout le côté un peu administratif de mon métier.

Et l'’après-midi je laisse place à la création, je me consacre entièrement à mes projets artistiques personnels ou en collaboration. J'’aime avoir produit concrètement quelque chose à la fin de la journée. Je bosse sur une expo en cours, une collaboration, une illustration que ce soit côté '« atelier '» de mon studio ou côté '« bureau '» sur l'’ordi.

En soirée et le week-end on aménage toujours du temps pour nos enfants et les sorties. Finie les semaines sans pauses, les charrettes, ' on s'’impose cette règle sinon notre travail qui est notre passion, notre mode de vie, ' peut prendre facilement le pas sur notre vie privée.

Pour terminer, sur quoi travailles-tu en ce moment?

En ce moment je travaille sur un tapis d'’art aux Editions Chevaliers et je suis sur la création d'’un livre qui sortira à la rentrée prochaine.

Nous (avec SupaKitch) avons aussi 2 projets de fresques que nous sommes en train de conceptualiser pour juin: un pour Volvo à ' Zurich au salon de l'’automobile et un au Luxembourg ( un mur de 30m sur 8m ) Enfin, je bosse sur ma propre ligne de bijoux qui devrait voir le jour au printemps.