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16 / 06 / 2017

P.I. Project

P.I. Project

Afin d'explorer le Mexique multi-faces, ancestral et moderne, nous avons invité P.I. Project à collaborer avec nous autour du thème Coyoacan de notre nouvelle expo-événement.


En quoi consiste votre projet ?

P.I. Project cherche à faire rayonner en France et en Europe, à travers la distribution et la promotion de produits artisanaux, connaissances et savoir-faire des communautés mexicaines. P.I. fait référence à « Patrimonio Inmaterial »; nous souhaitons nous éloigner du cliché de la « déco mexicaine » tel qu’on la connait en France et mettre en valeur les savoirs et techniques nécessaires à l’artisanat traditionnel.

Comment est-il né ?

Notre projet a 2 ans, il a été créé par Jonathan, mexicain originaire de Puebla, qui a longtemps enseigné le patrimoine qui est une matière à part entière au Mexique; et Ariane, française ayant travaillé pendant 4 ans au Mexique dans le développement durable et communautaire. Notre projet vient donc réunir nos compétences professionnelles et l’envie de renforcer les liens forts qui unissent la France et le Mexique.

Quels sont ces savoirs-faire ancestraux que vous souhaitez faire perdurer ?

Les savoir-faire sont vastes au Mexique, et la plupart d’entre eux datent de l’époque préhispanique. L’artisanat que nous avons sélectionné inclut le tressage fin de la palme (tapis ou corbeilles), la découpe manuelle de papier de soie ( guirlandes de papel picado), le dessin et la broderie pour la confection de Tenangos (coussins), la maîtrise des teintes naturelles issues de plantes et l’usage du métier à tisser traditionnel (tapis de laine ou en coton) et le savoir-faire huichol pour les crânes perlés qui est une technique singulière et récente.

Quels rapports entretenez-vous avec ces artisans mexicains ? Vous rendez-vous sur place pour les rencontrer ?

Nous connaissons personnellement tous les artisans avec qui nous collaborons et sommes devenus proches d’eux. Le but initial de notre projet est d’établir une production mensuelle, gage de stabilité économique, et d’acheter leur artisanat à un prix qui est le leur. Notre démarche se veut éthique et transparente, chaque artisan signe ses pièces à la main, c’est une fierté pour eux de savoir que leurs créations va être vendue au delà de leurs communautés.

Avez-vous une anecdote d’une rencontre ou un témoignage de l’un d’entre eux qui vous ai touchés, émus, fait réagir ?

Que ce soient les « petates » (tapis en palme tressés pour la fête des morts) ou les « guajes » (gourdes peintes à la main) nous avons été surpris de réaliser la difficulté que rencontraient les artisans à vendre leurs créations au Mexique, dans leur village ou sur les marchés. Lorsque nous avons débuté le projet nous avons été contacté par des musées mexicains renommés qui cherchaient à mettre en avant de tels savoir-faire et ces artisans participent désormais à des foires artisanales prestigieuses qui leur permet de vendre d’avantage. Mettre en avant leurs artisanats leur a permis de développer un réseau économique à échelle nationale, nous nous en félicitons!

Quelles sont les trois couleurs phares qui symbolisent l’artisanat mexicain, selon vous ? Quels sont les matériaux ou végétaux utilisés dans leur artisanat ?

S’il y a bien un pays connu pour ses couleurs, c’est le Mexique! Dans certaines régions il y a un vrai savoir-faire lié à la maîtrise des teintes naturelles. Le rouge cochenille en est le premier exemple, cet insecte est élevé dans les cultures de nopal, son sang donne une couleur rouge puissante utilisée notamment dans la teinte de la laine à Teotitlán del Valle, ou nous faisons faire nos tapis.
Le jaune/orangé qui émane de la fleur « cempasúchil » récolté à la Toussaint lors de la fête des morts est aussi une couleur référence. Enfin, comment ne pas mentionner le fameux « rosa mexicano » qui est incontournable au Mexique, que l’on trouve dans tous les coins de rue jusque dans les maisons de Luis Barragán !

Sur votre site, on peut lire une citation de Bruno Raven disant que s’il « devait confectionner ses petits paniers par milliers, il ne pourrait pas y mettre un morceau de son âme dans chacun d’eux ». C’est aussi cela que P.I. souhaite mettre en valeur ?

Nous revendiquons la qualité d’un savoir-faire, chaque objet prend du temps pour sa confection car il est l’objet de nombreuses heures d’apprentissage, de transmission, d’essais et parfois d’échec. Nous ne sommes pas dans la surproduction et accordons une importance aux retombées sociaux-économiques de chaque communauté grâce à l’achat de leur artisanat.

D’après vous, ces traditions sont-elles années à s’éteindre ? La globalisation et le capitalisme en sont-ils la cause ?

La sauvegarde du patrimoine culturel mexicain - qui est bien plus vaste qu’un savoir-faire - est un facteur essentiel du maintien de la diversité culturelle face au phénomène de la mondialisation. Il permet en outre de développer un dialogue interculturel. Si ce patrimoine comprend les traditions héritées du passé, il ne faut pas oublier qu’il est avant tout un patrimoine vivant car il englobe aussi les pratiques rurales et urbaines contemporaines, propres à diverses communautés, qu’elles soient indigènes ou non. L’idée du projet est de proposer une sélection d’artisanat qui représente la diversité actuelle du pays, c’est pourquoi certains savoir-faire sont restés les mêmes depuis des décennies, d’autre ont évolué avec l’arrivée de nouvelles matières premières et de nouvelles nécessités.

Comment est née votre collaboration avec Sessùn ?

Je connais Sessún depuis les débuts de la marque, moi et mes soeurs étions des acheteuses compulsives à l’époque ou ses vêtements étaient en vente chez Novoid à Aix, il y a 15 ans déjà! L’histoire d’Emma et les débuts de Sessún font écho à notre démarche, c’est pourquoi nous étions très enthousiastes à l’idée d’une collaboration pour sa collection capsule inspirée du Mexique.

La nouvelle expo vente de Sessùn, à laquelle vous êtes participez, porte le nom de COYOACAN . Qu'est ce que ce nom évoque t-il pour vous?

Coyoacán est un quartier de la ville de Mexico, autrefois village à part entière, il s’est fait « engloutir » par la mégalopole mais n’en a pas perdu son charme pour autant. Ce quartier bohème et paisible est devenu incontournable lorsqu’on se rend à Mexico, on y visite la fameuse « casa azul », ancienne maison de Frida Kahlo transformée en musée, les nombreux centres culturels comme le musée d’art populaire, le marché et on aime se perdre dans ses ruelles pleines de charme.

Quel regard portez-vous sur la marque Sessùn aujourd’hui et sur son évolution ?

Je connais la marque depuis longtemps et ai suivi son évolution avec beaucoup d’intérêt, j’aime beaucoup sa philosophie de croissance qualitative. Nous saluons l’idée d’avoir mis en place des collaborations avec des artistes, des musiciens et des artisans dans le cadre du pop up permanent.

Et si vous deviez décrire Sessùn en un seul mot ?

Bohème

Plus d'informations ici : pi-project.com